8 enseignements sur le télétravail dans le numérique en région Toulousaine

September 9, 2019
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Organisation du travail

Le groupe des développeurs GDG Toulouse a réalisé une collecte d'information (1) sur les salaires au sein de la région toulousaine. Les 304 répondants sont des profils techniques et fonctionnels du secteur numérique (développeurs, chefs de projets, administrateurs…). Les concepteurs de l'enquête ont eu la bonne idée de demander si les personnes faisaient un peu de télétravail, du télétravail à temps complet, ou pas du tout. Ce qui nous permet d'évaluer ici la maturité du secteur et des entreprises dans la pratique de télétravail. Voici les 8 enseignements que nous en tirons.

#1 Deux fois plus de télétravailleurs dans le secteur du numérique

70% des indépendants sont télétravailleurs. Dont 24% sont complètement en télétravail. Si il est intéressant de noter que les indépendants travaillent à distance, c'est parce que leurs clients l'acceptent.
Ici, nous nous concentrons sur les pratiques en entreprises et donc nous exclurons les indépendants des chiffres et analyses ci-dessous.

Plus d'1 salarié du numérique sur 2 (53%) est télétravailleur (dont 5% à temps complet)
"Seulement" 29% des salariés de bureau en France (2)  le sont. Cette différence est logique car les métiers bénéficiant d'un environnement numérique évolué sont plus compatibles au télétravail.

Les salariés du numérique exerçant dans les entreprises publiques pratiquent 37% le télétravail (ce qui est beaucoup au regard du déploiement récent du télétravail dans le public).

On observe que le télétravail est plus déployé chez les éditeurs logiciels (57%) que chez les ESN (48%). Ces mêmes éditeurs sont plus enclins à proposer le travail à distance complet (9% contre 2% des ESN).

Déploiement du télétravail par type d'entreprises

#2 Le télétravail partiel ne change pas les horaires de travail, le télétravail complet offre plus de flexibilité

Non. Les collaborateurs partiellement en télétravail ont un temps travail parfaitement égal aux collaborateurs sans télétravail.  Ceci s'explique par le fait que le rythme de travail du télétravailleur reste dicté par les horaires de l'entreprise.
Au contraire, les profils complètement en télétravail ont des horaires plus souples pour s'adapter à leur travail et non pas à l'entreprise. Dans ce mode de travail, on est aussi plus focalisé sur les résultats que sur les horaires.

Répartition du temps de travail par type de télétravailleur

#3 Plus on est expérimenté, plus on a de chances de pouvoir faire du télétravail

63% des collaborateurs expérimentés pratiquent le télétravail.
2 facteurs y contribuent :
- La confiance partagée entre le collaborateur expérimenté, le manager et l'équipe
- L'autonomie du collaborateur

Le télétravail n'est pas interdit aux juniors : 37% en bénéficient. C'est un signal positif qui répond certainement aux fortes attentes des plus jeunes.

Taux de télétravailleurs par niveau de compétences

#4 Plus on a d'ancienneté, moins on pratique le télétravail

Taux de télétravailleurs par ancienneté dans l'entreprise

L'ancienneté dans l'entreprise ne compte pas pour autoriser le télétravail.
47% de ceux qui ont plus de 2 ans d'ancienneté sont en télétravail alors que ceux qui sont nouvellement recrutés et ceux qui ont 1 an d'ancienneté sont respectivement 60% et 65% en télétravail.

Ce constat est étrange car après 2 ans d'ancienneté et au fil des années, la culture de l'entreprise est acquise, l'autonomie du poste a pu se développer, la confiance a pu augmenter.

Alors pourquoi ?

Distinguons les profils expérimentés (+ de 6 ans) des profils moins expérimentés.

Taux de télétravailleurs par ancienneté (6 ans et plus)
On constate que 78% des profils expérimentés et récemment embauchés bénéficient du télétravail. Car le télétravail est clairement un critère de motivation. C'est ce qui est arrivé cet été à Laurent Lacaze, directeur de Smile à Toulouse. "J'étais en discussion avancée pour le recrutement d'un profil expérimenté. Le sujet de négociation final était le nombre de jours de télétravail. Heureusement, nous avons déjà contractuellement droit à 2 jours de télétravail par semaine. Si nous n'avions pas mis en place cette possibilité, le recrutement n'aurait pas eu lieu."

Pour les profils Junior et intermédiaire, ceux qui ont seulement 1 an d'ancienneté sont 3 fois plus nombreux à pratiquer le télétravail que ceux qui sont là depuis plus longtemps.

Taux de télétravailleurs par ancienneté (5 ans et moins)

Que ça soit pour les entreprises ou les individus, le télétravail nécessite de changer de posture, de sortir de ses acquis. On pourrait considérer que les profils qui n'évoluent pas dans leurs fonctions ne demandent pas de changement. Mais dès lors que le profil se sent autonome, cela devient un objet de négociation avec le manager.

#5 Les entreprises qui proposent le télétravail investissent plus dans leurs salariés

Les entreprises qui ne proposent aucun jour de formation sont 42% à accepter le télétravail.
Les entreprises qui proposent + de 3 jours de formation sont 70% à accepter le télétravail.

Taux de télétravailleurs par nombre de jours de formation

Est-ce surprenant ?
Pas vraiment, les entreprises soucieuses de la qualité de vie au travail vont développer les outils favorables. La formation et le télétravail en font partie et la QVT n'interdit pas le cumul des outils.

#6 Les petites entreprises pratiquent moins le télétravail

Taux de télétravailleurs par taille d'entreprise

Non, ce sont les ETI et grands comptes qui déploient le plus, avec 60% de télétravailleurs. On peut l'expliquer par le fait que les DRH ont su prendre ce sujet en main et déployer le télétravail rapidement (à noter que depuis novembre 2018 et la loi Pacte, la formalisation du télétravail est très simplifiée, ne nécessitant notamment plus d'avenants au contrat de travail).

Pour les petites entreprises, on peut faire quelques suppositions. On peut penser que les sociétés de 6 à 10 ont besoin de créer fortement la culture et la cohésion de l'entreprise. Ça n'est pas incompatible avec le travail à distance mais ça nécessite une approche managériale différente. On peut imaginer que les fondateurs ne jugent pas prioritaire voir risqué d'expérimenter cette voie. Et aussi, la société peut avoir investi dans des locaux qu'il faut rentabiliser.  Ce qui n'a peut-être pas été le cas avec les sociétés de 2 à 5 personnes. Au contraire même, des structures qui se créent commencent peut-être avec du télétravail par manque de place.

La forte présence de télétravail complet pour les entreprises de 51 à 100 ne doit pas être surinterprétée car les éditeurs représentent 70% des sociétés de cette taille dans l'étude.

#7 Le déploiement du télétravail varie en fonction du type de poste

Les architectes, qui sont des profils expérimentés, sont logiquement plus compatibles au télétravail.

Les data scientists sont les grands gagnants du télétravail. Leurs missions, plus individualisées, justifient la facilité de travailler à distance.

Le déploiement fonctions supports est fortement dépendant du niveau de déploiement du travail à distance dans toute l'entreprise. Si les "métiers" ont l'habitude d'aller trouver les personnes du support lorsqu'elles en ont besoin, la présence sur site est obligatoire.

Taux de télétravailleurs par profils

#8 Le télétravail complet s'adresse aux profils les mieux rémunérés

Plus on est rémunéré, plus on est recherché, et donc plus il a été possible de négocier le travail à distance complet.

Taux de télétravailleurs par tranche salariale

Conclusion

Même si le questionnaire de départ ne portait pas directement sur le télétravail et que le nombre de réponses sont limitées, on peut cependant voir qu'il permet de tirer certaines conclusions et d'ouvrir la réflexion sur les spécificités du déploiement du télétravail dans le secteur du numérique. On peut ainsi noter que le télétravail est plus répandu que dans les autres secteurs et qu'il devient un argument de négociation quand les salariés changent d'entreprise. Un autre élément notable est le lien direct entre télétravail et les entreprises qui investissent dans la QVT.

Pour autant, on note aussi une importante disparité dans les pratiques. Cela prouve que la pratique du télétravail doit encore se consolider, maturer pour ensuite voir des bonnes pratiques se standardiser et se diffuser pour le bénéfices de l'entreprises mais aussi bien sûr, des salariés.

C'est dans ce contexte que nous souhaitons collecter plus de données sur le sujet et interagir avec les entreprises pour comprendre les bénéfices et challenges liés au travail à distance. Si vous êtes intéressés par le sujet ou disponible pour échanger, laissez-nous vos coordonnées pour être inclus dans notre prochaine étude.

Références

(1) GDGToulouse. Source des réponses des professionnels https://docs.google.com/spreadsheets/d/12trJIObe4di5zHrwNDkFeFSSrXtdVmHF63B--_ManJ8/edit#gid=120882751 depuis http://www.gdgtoulouse.fr/
(2) Sociovision. Rapport 2019 de l'Observatoire ACTINEO. 21 mars 2019

Guillaume Raverat

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